The Morphée
"on ne va jamais aussi loin que lorsqu'on ne sait pas où l'on va"


Commencé le 27 juin 2009, terminé le 22 août 2010 ce blog a rythmé à fréquence plus ou moins régulière ma dernière année de minorité, et quand je le regarde maintenant, je me dis qu’une bonne chose fut faite en y mettant fin, qu’une page s’est tournée depuis, et qu’il représente pour moi tous les grands changements qui ont ponctués mes 17 ans, et qui ont fait de moi ce que je suis maintenant.
“On est pas sérieux quand on a 17 ans.” Ce n’est pas de moi, c’est de Rimbaud, et putain qu’il avait raison. Il y a des âges comme ça, qui valent mieux que d’autres : 17 en fait parti, et 15 également. Les autres restent bâtards… Enfin, on ne peut découvrir ceci qu’une fois qu’on l’a vécu. Que me réservent mes 19 ans alors ? Oui les nombres paires ne sont pas mon fort.
C’est tout à fait le genre de week-end que j’aime. Partir, un peu à l’arrache, un peu au dernier moment, sans prévoir grand chose, sinon une tente, et nos places.
Déambuler dans la nuit, un peu alcoolisee, papoter, apostropher les mecs que t’as croisé dans la journée, avec qui t’as bu un verre, t’as pris une chaise, philosophé, protesté, rit surtout énormément. Parce que tu vois, ce genre de personnes un peu bourré, t’oses en général pas les approcher. Pourtant, SI, ils sont géniaux, ils sont énormes, ils ont 50 piges, ils chouillent tous les soirs, ils se cament et ils s’prennent pas la tête. Ils conduisent des bus, ils parlent espagnol, ils sont Jésus, ils sont sensibles, des artistes, photographes, d’une bonne vingtaine d’année, papa d’une fille de cinq ans, qui aurait pu attérir…

Finalement, on ne s’éloigne jamais bien loin des conventions. Souvent, on devient même ce que l’on a toujours voulu ne pas être. C’est cette abscence de contrôle qui demeure insupportable, parce qu’en fait, juste avant que le clair de lune n’éclaire son visage dans cette ruelle sombre, tu en étais bien loin des conventions.
J’ai l’impression, que jamais je ne serais en vacances.
J’ai trouvé un remède à la nicotine.
La fatigue.
The Story of the Vivian Girls, in What is known as the Realms of the Unreal, of the Glandeco-Angelinnian War Storm, Caused by the Child Slave Rebellion
une oeuvre de 15 125 pages, jamais publiée
Lait noir de l’aube nous le buvons le soir / le buvons à midi et le matin nous le buvons la nuit / nous buvons et buvons / nous creusons dans le ciel une tombe où l’on n’est pas serré / Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit / il écrit quand il va faire noir en Allemagne Margarete tes cheveux d’or / écrit ces mots s’avance sur le seuil et les étoiles tressaillent il siffle ses grands chiens / il siffle il fait sortir ses juifs et creuser dans la terre une tombe / il nous commande allons jouez pour qu’on danse
Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit / te buvons le matin puis à midi nous te buvons le soir / nous buvons et buvons / Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit / il écrit quand il va faire noir en Allemagne Margarete tes cheveux d’or / Tes cheveux cendre Sulamith nous creusons dans le ciel une tombe où l’on n’est pas serré
Il crie enfoncez plus vos bêches dans la terre vous autres et vous chantez jouez / il attrape le fer à sa centure il le brandit ses yeux sont bleus / enfoncez plus les bêches vous autres et vous jouez encore pour qu’on danse
Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit / te buvons à midi et le matin nous te buvons le soir / nous buvons et buvons / un homme habite la maison Margarete tes cheveux d’or / tes cheveux cendre Sulamith il joue avec les serpents
Il crie jouez plus douce la mort la mort est un maître d’Allemagne / il crie plus sombres les archets et votre fumée montera vers le ciel / vous aurez une tombe alors dans les nuages où l’on n’est pas serré
Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit / te buvons à midi la mort est un maître d’Allemagne / nous te buvons le soir et le matin nous buvons et buvons / la mort est un maître d’Allemagne son oeil est bleu / il t’atteint d’une balle de plomb il ne te manque pas / un homme habite la maison Margarete tes cheveux d’or / il lance ses grands chiens sur nous il nous offre une tombe dans le ciel / il joue les serpents et rêve la mort est un maître d’Allemagne
tes cheveux d’or Margarete / tes cheveux cendre Sulamith
Todesfuge, Paul Celan
Bucarest, mai 1945